Oui, un Tunisien Résidant à l’Étranger peut investir en Tunisie sans y vivre au quotidien. Il peut créer une entreprise, entrer au capital d’une société existante ou développer un projet correspondant à son expertise et à ses moyens. L’enjeu n’est toutefois pas seulement de trouver « une bonne idée » : il faut vérifier le marché, le financement, la fiscalité, les règles de change et l’organisation du projet à distance.

Le contexte récent montre une activité d’investissement soutenue : selon la Tunisia Investment Authority (TIA), les investissements déclarés en 2025 ont atteint 8 356,4 millions de dinars, soit une progression de 39,3 % par rapport à 2024. La TIA indique également que 74 % des projets déclarés correspondaient à des opérations de création. Ces chiffres ne garantissent évidemment pas la rentabilité d’un projet, mais ils confirment qu’il existe une dynamique d’investissement à analyser secteur par secteur.

Investir en Tunisie en 2026 : par où commencer ?

Le premier réflexe ne devrait pas être de choisir une forme juridique ni de rechercher immédiatement une exonération fiscale. Il faut d’abord tester la logique économique du projet.

  • Quel besoin précis le projet va-t-il résoudre ?
  • Qui seront les clients : marché tunisien, export, diaspora ou combinaison des trois ?
  • Quel montant pouvez-vous investir sans fragiliser votre situation financière à l’étranger ?
  • Quel chiffre d’affaires réaliste peut être atteint et avec quelle marge ?
  • Qui pilotera l’activité au quotidien en Tunisie ?
  • Quelles compétences ou quel réseau acquis à l’étranger constituent votre avantage concurrentiel ?
  • Le projet nécessite-t-il une autorisation, un agrément, une licence ou un cahier des charges ?

Cette grille simple permet d’écarter les projets séduisants sur le papier mais difficilement exploitables depuis l’étranger.

Quels secteurs étudier en priorité en Tunisie ?

Il ne faut pas confondre « secteur prioritaire » au sens du régime d’investissement et « secteur automatiquement rentable ». Les secteurs ci-dessous sont intéressants à étudier parce qu’ils figurent notamment dans les secteurs prioritaires recensés par la TIA ou correspondent à des chaînes de valeur que la politique d’investissement cherche à développer.

Secteur à étudierExemples de projetsAvantage potentiel du TRE
TIC et services digitauxDéveloppement logiciel, services numériques, centres de compétences, cybersécurité, solutions B2B et activités orientées export.Atout TRE : réseau commercial et connaissance du marché européen.
Industries électroniques, automobiles et aéronautiquesComposants, sous-traitance, ingénierie, maintenance et activités intégrées aux chaînes industrielles.Atout TRE : expérience dans l’industrie européenne et accès à des donneurs d’ordre.
Pharmacie, dispositifs médicaux et R&DProduction, distribution spécialisée, recherche clinique et services à forte valeur ajoutée.Atout TRE : expertise technique, scientifique ou réglementaire acquise à l’étranger.
Agroalimentaire et première transformationValorisation de produits agricoles et de la pêche, produits premium, transformation et export.Atout TRE : accès à des marchés, distributeurs ou standards qualité étrangers.
Énergies renouvelables et environnementProduction d’énergies renouvelables, technologies propres, recyclage, traitement et valorisation des déchets.Atout TRE : transfert de technologie et savoir-faire technique.
LogistiqueServices dans les zones logistiques, organisation de flux, prestations liées aux chaînes export-import.Atout TRE : articulation Tunisie-Europe et connaissance des flux internationaux.
Tourisme spécialiséTourisme culturel, écologique, de santé, désertique ou autres projets de diversification touristique.Atout TRE : connaissance de la clientèle étrangère et capacité de commercialisation internationale.

Ce que disent les chiffres récents sur les investissements

Dans son bulletin annuel publié le 9 février 2026, la TIA indique que le secteur des services a représenté près de 60 000 emplois projetés, soit 59 % du total des emplois associés aux investissements déclarés. L’industrie représentait pour sa part 35 % du volume des investissements déclarés. Pour un TRE, ces données sont utiles non pas pour « suivre la mode », mais pour identifier les écosystèmes qui concentrent actuellement projets, compétences et besoins.

Créer une société ou prendre une participation ?

Un TRE n’est pas obligé de partir de zéro. Trois approches peuvent être envisagées :

  • Créer une société nouvelle lorsque le projet, l’équipe et le modèle économique sont construits autour du promoteur.
  • Prendre une participation dans une société existante lorsque l’objectif est d’apporter du capital, un réseau commercial ou une compétence complémentaire.
  • Développer un partenariat ou une joint-venture lorsque le succès du projet dépend fortement d’un opérateur local.

Dans tous les cas, il faut anticiper la gouvernance : pouvoirs du gérant, décisions réservées aux associés, accès aux comptes, reporting, contrôle des dépenses, financement futur et conditions de sortie.

Quelles incitations peuvent exister ?

Le régime tunisien d’investissement prévoit plusieurs familles d’incitations. Leur application dépend du secteur, de la localisation, du montant du projet et des conditions réglementaires. La TIA distingue notamment :

  • les incitations liées au développement régional ;
  • les secteurs prioritaires et certaines filières économiques ;
  • les investissements matériels destinés à maîtriser de nouvelles technologies et améliorer la productivité ;
  • les investissements immatériels et certaines dépenses de recherche et développement ;
  • les dispositifs liés au développement durable, à l’agriculture et à la pêche.

À titre d’exemple, le guide TIA indique pour certains secteurs prioritaires une prime d’investissement pouvant atteindre 15 % du coût d’investissement approuvé, plafonnée à 1 million de dinars, ainsi que d’autres mécanismes sociaux ou salariaux sous conditions. Il faut toujours vérifier l’éligibilité du projet et la procédure avant de retenir un avantage dans le business plan.

TRE : ne négligez pas la réglementation des changes

C’est l’un des points les plus importants lorsqu’un investissement est financé depuis l’étranger. Le guide de la TIA rappelle que le régime de change permet notamment le transfert des bénéfices, dividendes et du produit net de cession ou de liquidation des capitaux investis lorsqu’ils ont été financés au moyen d’une importation de devises, selon la réglementation applicable.

En pratique, il faut organiser dès le départ la traçabilité bancaire des fonds transférés depuis l’étranger et conserver les justificatifs liés à l’investissement. Les mouvements de fonds doivent passer par les circuits bancaires et les intermédiaires autorisés. Avant un apport en capital, un prêt d’associé ou une acquisition de titres, il est prudent de vérifier le traitement de change exact avec la banque et les professionnels qui suivent le dossier.

Vous vivez en France ? Ajoutez une analyse France–Tunisie

Pour un TRE résident fiscal de France, un investissement tunisien doit être analysé sur deux niveaux : la fiscalité du projet en Tunisie et les conséquences personnelles en France. Selon la structure retenue, les sujets peuvent concerner les dividendes, la rémunération du dirigeant, les plus-values, les revenus immobiliers, les comptes détenus à l’étranger et la convention fiscale France–Tunisie.

Le bon réflexe consiste à intégrer cette analyse avant la constitution de la société ou la prise de participation, et non après les premières distributions ou les premiers transferts de fonds.

Comment piloter un investissement tunisien depuis l’étranger ?

La réussite d’un projet TRE dépend souvent moins de la création juridique que de la qualité du pilotage après le lancement. Un dispositif simple peut être mis en place dès le premier mois :

  • comptabilité tenue à jour et transmission numérique des pièces ;
  • tableau de trésorerie et rapprochements bancaires réguliers ;
  • reporting mensuel du chiffre d’affaires, des marges, créances, dettes et disponibilités ;
  • budget annuel avec comparaison budget/réalisé ;
  • procédures de validation des paiements et engagements importants ;
  • calendrier fiscal, social et juridique ;
  • répartition écrite des responsabilités entre le TRE et l’équipe locale.

L’externalisation de la comptabilité et du reporting permet au promoteur de garder une vision régulière du projet sans être physiquement présent en Tunisie pour chaque opération.

Méthode CFRAUDIT : passer de l’idée à un projet structuré

1. Diagnostic du projetObjectifs, expérience du promoteur, marché cible, apport disponible et degré d’implication souhaité.

2. Étude économique et business planHypothèses de chiffre d’affaires, coûts, besoin de financement, trésorerie, seuil de rentabilité et scénarios.

3. Structuration juridique et fiscaleChoix de la structure, gouvernance, financement, obligations fiscales et, si nécessaire, analyse transfrontalière.

4. Vérification des incitationsAnalyse de l’éligibilité aux dispositifs applicables au secteur, à la région ou au type d’investissement.

5. Création et mise en placeFormalités de constitution, immatriculation et organisation comptable, fiscale et sociale.

6. Pilotage à distanceReporting périodique, suivi des obligations, trésorerie et accompagnement du dirigeant.

Avant d’investir : checklist TRE

  • Valider le besoin du marché et les clients cibles.
  • Estimer l’investissement initial et le besoin de fonds de roulement.
  • Choisir entre création, prise de participation ou partenariat.
  • Vérifier les autorisations et conditions réglementaires de l’activité.
  • Tester l’éligibilité aux incitations TIA avant de les intégrer au business plan.
  • Organiser le financement depuis l’étranger et la traçabilité des devises.
  • Analyser la fiscalité personnelle dans le pays de résidence.
  • Prévoir la gouvernance et les pouvoirs des personnes présentes en Tunisie.
  • Mettre en place comptabilité, reporting et contrôle de trésorerie avant le démarrage.

Pourquoi se faire accompagner ?

L’OTE propose avec InvesTRE un dispositif spécialement consacré aux Tunisiens résidant à l’étranger, couvrant l’information, le coaching, le networking et l’orientation dans les démarches. Pour la structuration économique, comptable, fiscale et financière du projet, un accompagnement professionnel local permet ensuite de transformer cette information en décisions concrètes.

CFRAUDIT accompagne les TRE dans l’étude, la création et le pilotage de leurs projets en Tunisie : business plan, structuration de société, fiscalité, comptabilité, paie et reporting. Pour un promoteur vivant en France, l’accompagnement peut ensuite se prolonger sur les sujets France–Tunisie liés au développement du projet, aux flux financiers, à la rémunération, aux investissements futurs ou à une activité exercée dans les deux pays.

Transformer un projet tunisien en relation entrepreneuriale France–Tunisie

Pour de nombreux TRE, le projet tunisien n’est pas isolé de leur vie professionnelle à l’étranger. Le réseau commercial, les clients, les financements ou les associés peuvent se trouver en France. Une organisation pensée dès le départ pour fonctionner entre les deux pays facilite le développement futur et permet de conserver un interlocuteur qui connaît déjà l’historique du projet.

Vous avez un projet d’investissement en Tunisie ? Avant d’engager votre capital, faites valider le modèle économique, les incitations possibles, la structure juridique et l’organisation du pilotage à distance.

FAQ — Investir en Tunisie depuis l’étranger

Un TRE peut-il investir en Tunisie sans y habiter ?Oui. Il peut créer une entreprise, prendre une participation ou financer un projet en Tunisie. L’organisation juridique, bancaire et opérationnelle doit cependant être adaptée à une gestion à distance.

Quels sont les secteurs prioritaires pour l’investissement en Tunisie ?La TIA recense notamment les TIC, l’électronique, l’automobile et l’aéronautique, la pharmacie et les dispositifs médicaux, les énergies renouvelables, la valorisation des déchets, certaines activités agroalimentaires, la logistique et plusieurs formes de tourisme spécialisé.

Les TRE bénéficient-ils automatiquement d’avantages fiscaux ?Non. Les incitations dépendent du secteur, de la localisation, de la nature et du montant du projet ainsi que des conditions prévues par la réglementation.

Faut-il créer une société pour investir en Tunisie ?Pas nécessairement. Une prise de participation dans une entreprise existante ou un partenariat peut être plus adapté selon le projet. La création d’une société devient pertinente lorsqu’une activité économique autonome doit être structurée.

Peut-on transférer les bénéfices d’un investissement vers l’étranger ?Le régime de change tunisien prévoit la liberté de transfert de certaines opérations courantes ainsi que, sous conditions, des bénéfices, dividendes et produits de cession liés aux capitaux investis au moyen d’une importation de devises. Le financement et la traçabilité bancaire doivent être correctement organisés.

Comment suivre son investissement lorsque l’on vit en France ?Avec une comptabilité à jour, un reporting mensuel, un contrôle de trésorerie, des délégations encadrées et un interlocuteur local. Il faut également examiner la fiscalité France–Tunisie du promoteur.

Qui peut accompagner un TRE investisseur ?L’OTE dispose du dispositif InvesTRE pour l’information et l’orientation. Un cabinet d’expertise comptable peut compléter cet accompagnement pour le business plan, la fiscalité, la création de société, la comptabilité et le pilotage financier.